Luís Silva : vous concevez un projet de cannabis médical ? Commencez par le produit, pas par les équipements
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Si vous deviez concevoir de zéro le système de gestion de culture d'un nouveau projet de cannabis médical, que feriez-vous de radicalement différent par rapport aux projets sur lesquels vous travailliez il y a 4 ou 5 ans ?
Ce que je changerais en profondeur, c'est l'ordre des décisions. Avant de choisir des équipements ou un logiciel, je définirais quel produit nous allons livrer, avec quelle qualité, en quel volume et à quel coût. À partir de ces exigences, je concevrais l'ensemble de l'exploitation et je dimensionnerais l'installation, l'équipe et le système de gestion.
Cela oblige à penser au parcours complet du produit. La planification de la culture doit s'accorder avec la capacité de séchage, les opérations post-récolte, les contrôles qualité et les temps de nettoyage et de maintenance. Si une étape ne peut pas absorber la production de la précédente, agrandir la culture peut augmenter les coûts sans augmenter les ventes.
Il en va de même dans chaque salle. Une décision sur l'éclairage influence la réponse de la plante, la charge thermique et l'humidité qu'il faudra évacuer. Sa rentabilité dépend aussi de la climatisation et de la consommation énergétique qu'elle exige. C'est pourquoi j'évaluerais chaque amélioration selon son impact sur l'ensemble de l'exploitation : quelle quantité de produit respecte les spécifications requises et quel est son coût de production réel.
Avant d'attribuer les équipements ou les systèmes, je fixerais les paramètres critiques, les limites de fonctionnement et les essais de réception. La mise en service doit démontrer que les systèmes atteignent les conditions prévues et que l'équipe sait les exploiter. La documentation, la formation et la maintenance font partie de cette livraison. Disposer d'une installation terminée n'est qu'une partie de ce qu'il faut pour être prêt à produire.
Les données que je collecterais répondraient à des décisions concrètes. L'historique de chaque lot doit relier les conditions de culture et de post-récolte, les interventions et les résultats qualité. Les consommations et le comportement des équipements permettent de vérifier si l'installation fonctionne comme prévu. Par exemple, détecter une perte progressive d'efficacité sur un équipement permet d'en rechercher la cause et de programmer une intervention avant une panne. L'intérêt d'analyser ces données est de pouvoir agir à temps et de protéger la production.
Cette information doit parvenir à ceux qui peuvent agir. Je définirais qui examine chaque indicateur, qui répond à une alarme et qui autorise un changement. Les contrôles de routine peuvent être automatisés dans des limites établies ; l'interprétation agronomique et les décisions qualité exigent des responsables qualifiés et dotés d'un pouvoir de décision. La gestion doit faciliter le travail quotidien de l'équipe.
Dans l'investissement, je prendrais en compte dès le départ les coûts d'exploitation : énergie, personnel, analyses, consommables, maintenance et licences. Ainsi que la trésorerie nécessaire pendant le démarrage et jusqu'à l'encaissement des ventes. Je prévoirais les futures extensions dès la conception, selon une séquence liée à la demande et à la capacité utilisée.
Le projet définirait ainsi dès le départ comment la production, la qualité et les coûts sont liés. Un bon système de gestion doit permettre d'obtenir un produit conforme aux spécifications, de connaître son coût réel et de reproduire ce résultat de manière constante.